La frustration est-elle l’amie du progrès ?

Il ne pouvait plus faire comme les autres alors il a inventé mieux

J’ai appris aujourd’hui, pour mon plus grand plaisir, que le virage culbute en crawl avait été inventé par un nageur français dans les années 1950. Si vous voulez comparer, voilà où nous en sommes de nos jours et où nous en étions en 1936 :

Là où l’invention de ce virage est amusante (vous la retrouverez dans cet article), c’est qu’elle provient d’un handicap : Willy Blioch était l’un des meilleurs nageurs français des années 1950 lorsqu’il a eu un accident où sa main a été blessée.

Le voici donc souffrant à la simple idée de toucher le mur et de s’en repousser pour tourner. Que faire ? Eh bien il fallait trouver une façon de faire la même chose autrement.

Cette idée nous est chère en Feldenkrais, à tel point que Moshé Feldenkrais invitait, dans le livre l’évidence en question, à trouver au moins trois façons de réaliser la même action. Il glisse alors que si cela semble difficile au lecteur, celui-ci a besoin de la méthode encore plus qu’il ne le croit.

Ici, le nageur était empêché de faire ce que les nageurs avaient fait depuis des dizaines d’années. Quand il a cherché une autre façon, celle-ci s’est avérée très largement meilleure ! Si on voulait un exemple d’angle mort, en voici un : c’était là mais personne n’avait porté son attention à cette partie de la course.

Frustration ou création ?

Cette modeste parenthèse philosophique nous aidera peut-être à nous demander quelle invention nous tirerons de la prochaine fois où nous serons frustrés. La frustration naît de la volonté d’aller sur un certain chemin et de s’y trouver contrarié ou contrariée, elle est d’autant plus grande que la volonté continue de s’orienter dans la même direction.

Comme l’eau qui rencontre un obstacle, nous pouvons faire des bouillons furieux en essayant de bousculer le barrage, ou bien nous pouvons nous écouler ailleurs. La voie qu’a suivie notre nageur est de trouver un autre passage…

Même s’il m’arrive d’être très agacé quand je subis un arrêt dans un projet, je crois — quand le sang a cessé de bouillir et je compatis si le vôtre bout aussi — qu’il est plus sage de chercher comment résoudre le casse-tête. Aussi, je vous souhaite de trouver des trésors d’ingéniosité, quelques joyaux insoupçonnés et de vous réjouir finalement des obstacles quand ils se présenteront à vous (eh oui, ils se présenteront).

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