Dans les arts martiaux japonais, il y a un mot — mushin, 無心 — qui désigne une immersion complète dans le moment présent, laquelle conduit à une action parfaitement fluide et ajustée aux nécessités de la situation, sans hésitation interne. De toute évidence, chez les guerriers, la motivation venait de cette folle envie de se découper les uns les autres, alors autant éviter de bouger trop tard ou dans la mauvaise direction.
De manière plus pacifique, notre vie quotidienne réclame parfois de répondre rapidement et parfaitement, par exemple lorsque notre pied se prend dans un tapis. Il arrive que des gens se blessent mais, la plupart du temps, notre organisme jongle avec ses possibilités pour réussir une chute anodine ou rattraper un appui ailleurs, sans que notre conscience ait eu besoin d’y réfléchir.
Spontanéité
Ces situations sont exceptionnelles, mais conduisent à la question suivante : pour vivre avec aisance, quelle attitude aurons-nous envie de cultiver ? Moshé Feldenkrais propose d’aller vers la spontanéité. En regardant dans un dictionnaire (par exemple l’exhaustif Trésor de la Langue Française), on trouve l’un des sens suivants :
Que l’on fait de soi-même, de sa propre initiative; qui se laisse aller à son propre mouvement, à son impulsion naturelle sans se laisser freiner ou entraver par les blocages du conformisme, de la raison, de la réflexion, de la volonté, etc.
En Feldenkrais, c’est la direction que l’on emprunte, on souhaite aller vers la capacité d’agir instantanément, sans hésitation interne, tout en restant parfaitement adapté à la situation. Ce n’est pas l’impulsivité, où l’on s’agite sans s’inquiéter de son environnement ; quand on est spontané, il s’agit bien de trouver des solutions élégantes à chaque instant du quotidien.
Le lien entre intention et action
Lorsque l’on regarde un jeune enfant, on constate en général que le geste reflète tout simplement l’intérêt : toucher une fleur, courir vers quelqu’un, grimper sur une chaise, etc. Que se passe-t-il pour que nous nous retrouvions gênés une fois adultes ?
Moshé Feldenkrais propose un point de vue : en nous couvrant sans y faire attention de couches de volonté, de blessures physiques ou affectives, d’injonctions venant d’ici ou là, notre vie se complique. Nous pensons bien faire en surveillant telle ou telle partie, et notre perplexité grandit : nous ne comprenons pas pourquoi c’est de plus en plus difficile.
La réponse est simple : nous fragmentons progressivement le geste, nous tentons de bouger des parties sans tenir compte de tout le reste, ou bien nous avons des intentions contradictoires, rien d’étonnant alors que ce soit difficile ou douloureux !
C’est grave, docteur ? Heureusement, non.
Bonne nouvelle, ce n’est pas si grave car notre ami Moshé nous a légué de quoi améliorer notre sort. En effet — le saviez-vous ? 😉 — la pratique de Feldenkrais est une voie pour insuffler de la spontanéité, une sorte de boussole vers une action fluide, globale et harmonieuse. C’est peut-être ambitieux, mais ça mérite un peu de notre temps, non ?
Pour cela, on va se plonger dans nos sensations corporelles et chercher de quoi nourrir notre organisme, avec de bons nutriments :
- des gestes qui mettent en avant une bonne qualité plutôt que de peiner, en faisant confiance à notre intelligence naturelle pour trouver de vraies et bonnes solutions à toutes ces devinettes que l’on pose pendant les séances collectives ou individuelles,
- de plus nombreuses possibilités gestuelles, qui permettent alors de répondre finement lorsqu’une situation se présente : plus de chemins possibles = un meilleur trajet au final ;
- la fameuse réversibilité, où il est possible de changer d’avis aisément.
Cette dernière est particulièrement intéressante : pendant les leçons, avez-vous remarqué que la lenteur et les faibles amplitudes vous permettent de changer de direction avec aisance ? C’est l’un des secrets de praticiens 😇 car en vous encourageant à explorer cette voie, nous aidons l’organisme à faire plus de place à un mouvement spontané.
Pourquoi ? Eh bien l’extrême inverse consiste à bouger comme si on était agité de spasmes, de victoires sur des contractions empêchant de faire ce que l’on souhaitait, de moments où l’on serre les dents pour que la volonté dépasse l’adversité. A contrario, en retrouvant un mouvement mesuré et un équilibre autour duquel on peut tourner, il devient plus facile d’aller là où notre intérêt se porte, avec l’aisance dont notre organisme est capable.
Mais, si on revient aux guerriers, les films de Hollywood font fausse route quand ils nous les présentent avec les sourcils froncés et les mâchoires serrées, car l’action juste et efficace contient une dose de décontraction et de simplicité, une douce neutralité qui permet à l’énergie de traverser même dans le feu de l’action.
Alors que vous ayez des combats en armure ou de simples gestes en cuisine, comment vous sentez-vous lorsque vos gestes épousent vos intentions avec finesse et force juste ? Pourriez-vous inviter un vent de spontanéité que vous avez perçu lors d’une séance et sentir comment votre cuisine change d’atmosphère ? 😊
Photo de Ty Fiero sur Unsplash
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