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Comprendre avec l’intellect ou l’image de soi ?

Il y a un phénomène fascinant que j’ai découvert pendant ma formation de praticien Feldenkrais : quand on regarde une personne bouger, on peut voir apparaître un mouvement qu’on ne voyait pas, simplement parce qu’on a fait une séance qui clarifiait celui-ci. Difficile à croire tant qu’on n’en a pas fait l’expérience, non ? Ces mouvements, on les avait pourtant sous les yeux… mais on ne les voyait pas, il n’y avait pas la « case ». Je défends ici qu’on peut passer du brouillard à la clarté par la magie d’une leçon de Feldenkrais, et que ça permet de préserver son corps 😊

Une anecdote

La première fois que j’ai senti ce phénomène, c’était durant ma formation de praticien, à Paris. C’était il y a vingt ans (déjà !), mais je me souviens de ce moment comme si c’était hier.

Imaginez une grande salle dans un quartier plutôt calme de Paris, un formateur qui fait une démonstration de séance individuelle (nota : si vous n’avez jamais vu de séance individuelle, en voici un exemple) devant la cinquantaine de stagiaires qui regardent tous et toutes ce qui se passe sur la table. Et là… je me souviens de sa mine fascinée alors qu’il attirait notre attention sur un joli mouvement du sternum quand il invitait le bras.

Sauf que je ne voyais pas du tout ce qu’il soulignait. Une partie du groupe disait « Oh oui, incroyable ! » alors que moi ou d’autres se grattaient la tête en se demandant ce que voyaient les autres. Je dois confesser qu’il m’est arrivé de soupçonner certains et certaines de mentir et qu’en vérité, ils ne voyaient rien de plus que moi.

Le miracle de l’image de soi

Après cette démonstration, le formateur nous a invités à rejoindre nos tapis pour faire une leçon collective, de celles que vous connaissez si bien. L’idée était de vivre « dans notre chair » le mouvement dont il était question.

Et là… ô miracle, une fois la leçon finie et nous voilà regroupés autour d’une nouvelle démonstration avec le formateur, ce qui m’échappait était tout simplement là, devant mes yeux, je le percevais tout naturellement.

Pour la première fois, j’avais une expérience concrète de ce qu’il se passe lorsque l’image de soi s’enrichit :

  • quand il manquait une case pour percevoir quelque chose, je courais après sans jamais l’atteindre, tout était très vague, voire inexistant ;
  • quand mon expérience de ce mouvement s’est enrichie, le brouillard s’est levé et je me suis contenté de constater que c’était là, en toute légèreté.

Rebelote

Cet article est motivé par un nouveau printemps dans ma pratique, rien que ça. (parenthèse amusante : en japonais, pour exprimer cette soudaine amélioration de la compréhension, on dit qu’une écaille de poisson est tombée de mes yeux. Or, même si l’Occident n’utilise pas cette expression dans le langage courant, elle vient de la Bible !)

En effet, à la faveur de cette fameuse leçon donnée le 6 mai — lors du trimestre sur le souffle, et dont il est déjà question ici — j’ai trouvé un confort nettement plus important dans ma cage thoracique (eh oui, votre serviteur se régale lui aussi à faire ces leçons lors des rendez-vous du vendredi et du dimanche).

Mais la très joyeuse surprise est venue quelques jours après. En donnant une séance à une nageuse du groupe élite de l’ASPTT Nancy, ma perception a très clairement associé le bras, les os de l’épaule (ça c’était habituel) et… la cage thoracique. Je passais déjà du temps à expliquer aux nageurs que le bras s’attachait tout autour de la cage thoracique, mais là je ne pouvais plus voir le bras sans la cage, la connexion me semblait infiniment plus riche et inséparable.

Chaque mouvement du bras interrogeait les mobilités des côtes, à tel point que la main me semble maintenant directement cousine de ce bel ensemble de côtes. Plus encore, dans une jolie avalanche, la séance du 13 mai a encore amplifié ce mouvement : les mobilités des côtes et des vertèbres sont si richement imbriquées que je vous ai proposé le mot « côtes-vertèbres » faute d’un mot existant.

Et alors ?

On pourrait se dire, de manière familière : « ça me fait une belle jambe » (nota : je n’ai aucun doute sur la beauté de vos jambes). Mais la question est la suivante : est-il plus facile d’utiliser son organisme de manière fluide et respectueuse quand on sent, en toute simplicité, ce qui fonctionne ensemble ? La réponse est dans la question, et la pratique de Feldenkrais tisse et retisse les relations entre différents gestes. L’organisme améliore sa façon de répartir la force, le travail des articulations, les différentes résistances ; ça se fait tout seul, en enrichissant l’image de soi.

On tient ici une pièce de ce grand puzzle intitulé « pourquoi faire du Feldenkrais ? ». Eh bien, entre autres choses, ça sert à enrichir l’image de soi, à progressivement cultiver un organisme qui fait ce qu’il veut de la manière la plus légère et élégante qui soit.

Loin de devoir tricoter péniblement et se surveiller en permanence, une fois cette image enrichie, la nouvelle perception est légère et immédiate. Quelque chose a changé tellement profondément qu’un fois qu’on a vu une relation, on ne peut plus la « dé-voir ». Comme cette progression ne s’arrête jamais, lente ou rapide, elle ajoute de petits cadeaux sur notre route 😊 À bientôt pour votre prochaine occasion de lever un voile, ou de laisser tomber une écaille de vos yeux !

Photo de Alexandre Grégoiresur Unsplash


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