Feldenkrais et direction assistée

Myriam Pfeffer, la directrice de ma formation de praticien, nous gratifiait régulièrement de remarques précieuses et mémorables. J’ai eu l’occasion d’en évoquer quelques-unes (par exemple ici), et aujourd’hui c’est une autre remarque qui prend un sens plus profond.

J’ai été marqué lorsque Myriam — du haut de ses 80 ans, nombre approximatif car son âge exact était auréolé d’un coquet mystère — a évoqué ses amis qui remerciaient la pratique de Feldenkrais car ils lui attribuaient le fait d’être encore vivants. J’avais une petite trentaine à l’époque alors je me suis demandé si son affirmation n’était pas un peu excessive ; mais je perçois maintenant (très modestement) la profondeur de sa remarque.

Une plongée dans un terrain plein de pièges

En effet, dans un domaine beaucoup plus léger, je découvre actuellement le plaisir de plonger dans le golf, avec une intensité qui fait écho avec ma jeunesse de nageur olympique. Mais, forcément, le risque est grand de se blesser lorsque l’on répète des centaines de fois des gestes — parfois très puissants — qui plus est sans avoir beaucoup de temps pour que l’organisme s’adapte.

Alors ça n’a pas manqué, il y a eu des alertes, des douleurs, des feux rouges qui évitaient des blessures graves si on respectait le signal. Au tout début, je ratais souvent mon swing et tapais copieusement dans le tapis avec mon club. Une fois, deux fois, trois fois, 100 fois, et me voilà au tapis… en train de faire du Feldenkrais pour remettre de l’huile et réparer un peu les dégâts (il m’est arrivé d’être gêné pour lever le bras pendant deux ou trois jours 😅).

D’autres tracas se succèdent maintenant, au fil de ma progression : une fois un coude qui me prévient qu’il faut trouver une solution avant d’être piégé dans l’équivalent du tennis elbow, ou encore un coin de la main qui fait craindre une fracture de fatigue si je persistais dans les bêtises que j’ai répétées, à savoir de frapper le sol dur avec le club avec une main mal orientée.

À chaque fois, j’ai pris le signal suffisamment tôt pour réajuster. J’ai même remercié la douleur de me guider pour améliorer la légèreté du geste ; en allant vers un geste plus juste et respectueux de l’anatomie (et de la physique), les douleurs ont disparu (ouf !). Ces derniers jours, je me suis rendu compte de l’aisance avec laquelle je faisais ces ajustements : un ennui, une recherche, un apaisement, une amélioration, ouf tout va bien. Merci Feldenkrais !

Une métaphore avec la conduite… d’un tracteur !

Chacune de nos vies ressemble à ce genre de parcours, semé d’embûches. Qu’on s’y prenne mal pour descendre un escalier très raide et voilà un genou qui peste lorsqu’on a trop répété ce geste néfaste. Saura-t-on changer de façon de descendre ou va-t-on persister et attendre une IRM pour savoir que c’était une mauvaise idée ?

Je prétends qu’une dose de Feldenkrais est comme la direction assistée : changer de cap devient beaucoup plus léger, de sorte qu’on accepte bien plus volontiers de contourner tel ou tel trou qui se présente devant nous. Car tant que c’est difficile de tourner le volant, on pourrait éventuellement décider de se raidir un peu et d’accepter que le véhicule soit secoué en tous sens : on travaille un peu moins à la conduite, mais on en est réduit à croiser les doigts que la machine soit assez solide pour passer sans casser.

Alors je sais que cette métaphore ne parle qu’aux gens qui ont connu des véhicules dont le volant était vraiment difficile à tourner. Je me souviens de la Polo de ma mère, ou pire encore de sa Seat Ibiza sans direction assistée, si lourde que même le gaillard que je suis ronchonnait quand il fallait faire un créneau. Et le plus musclé : conduire le tracteur de mon grand-père en Pologne ; je n’avais que 12 ans et il fallait que je mette toutes mes forces sur la pédale d’embrayage pour réussir à la pousser, de même que je devais prendre appui sérieusement pour faire tourner le volant.

Dans ces conditions, tant pis pour un trou sur la route, on se fait secouer et puis tant pis.

Inversement, quand le volant est léger comme une plume, nous voilà en train de slalomer en douceur entre les moindres rides de la route et notre véhicule devient doux comme un tapis volant.

Naviguer dans nos difficultés avec délicatesse et intelligence

Revenons à notre joli corps et ses possibilités. Vous l’aurez compris, nous sommes sans cesse encouragés à chercher des moyens de ne pas trop nous abîmer, souvent par une douleur.

Certes, il y a toujours la tentation de ne rien faire mais elle est paradoxalement tout aussi néfaste car nous sommes antifragiles (un autre article à venir 😊) et nos organismes n’aiment qu’on les laisse sans adversité.

Alors, quitte à agir, bouger, faire ce que réclame notre activité préférée, nous avons le choix :

  • soit nous restons campés sur nos habitudes même lorsqu’une douleur nous signale que quelque chose cloche ou après qu’un accident a changé la donne,
  • soit nous avons appris à jongler avec légèreté avec différentes façons de faire et nous sautons d’une façon de faire à une autre avec un sourire gracieux. Ça va encore si nous nous adaptons de mauvaise grâce, mais que nous savons le faire et que ça nous met à l’abri de désagréments plus fâcheux…

Cette dernière façon de faire nous permet de traverser toutes sortes de difficultés ; elles ne disparaissent pas forcément, mais nous voilà plus à même de slalomer entre les pièges et les peaux de bananes jetées sur notre chemin 😊

Alors Myriam avait sans doute raison, parfois cette souplesse suffit pour surmonter des difficultés qui auraient pu être fatales. La question appelle l’humilité, mais elle encourage aussi à devenir un peu plus souple quant à nos habitudes. Alors, avez-vous huilé votre direction assistée ? 😊

Image Mauffrey Academy

Recevez gratuitement l’infolettre
(en moyenne 1 à 2 par mois)

Nota: si vous avez déjà reçu mes infolettres, vous êtes inscrit ou inscrite sur la bonne liste 😊

Publications similaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.