Je viens de terminer ma lecture quotidienne de Seth Godin, qui parle de degrés de liberté. L’auteur s’adresse plutôt à des experts du marketing et de l’entrepreneuriat, mais j’aimerais vous en proposer une lecture qui éclaire un bénéfice majeur de Feldenkrais.
L’original en anglais se trouve ici, en voici une traduction en français :
On peut utiliser Claude pour écrire son texte marketing et obtenir, dès le premier essai, un résultat mieux que médiocre.
On peut chercher un cadeau sur Amazon, prendre le premier qui correspond, et être à peu près sûr qu’il fera l’affaire.
L’adoption d’une technologie tend à viser ce qui est plus facile, plus simple, déjà choisi.
Et pourtant… on peut aussi décider d’utiliser la technologie pour faire davantage de travail, y mettre plus d’humanité, élargir notre marge de manœuvre. On ne cherche pas à récupérer du temps, on cherche à mieux tirer parti de celui qu’on a.
Quand un réalisateur utilise l’IA pour faire des storyboards, c’est l’occasion d’explorer plusieurs approches d’une scène, pas une seule. Quand on prend le temps de regarder toutes les données que Google Maps nous offre pour un voyage, on peut imaginer un itinéraire moins direct, avec plus d’arrêts et de détours, simplement parce qu’on découvre ses options. Et une fois qu’on sait à quoi ressemble le texte marketing moyen ou médiocre, on accepte d’y consacrer du temps (et de prendre des risques) pour aller vers des frontières qu’on n’aurait jamais eu les moyens d’explorer autrefois.
La meilleure technologie nous donne la chance de travailler plus dur là où ça compte ; pour nos clients, et pour nous.
Voici un choix qui se présente à nous, tout simple :Les professionnels et les organisations qui utilisent l’IA pour gagner du temps, réduire les coûts et licencier prennent la voie paresseuse — celle de l’échec et de l’insignifiance.
Ceux qui s’en servent pour faire un travail plus exigeant, plus courageux, plus puissant, qui inventent de nouvelles façons de créer de la valeur et de la faire payer plus cher, et qui finissent par embaucher davantage pour y arriver — ce sont eux qui dessineront notre avenir.
Développer ou réduire ?
Aux yeux d’un praticien Feldenkrais, cet article contient en filigrane la question suivante : « Quelle attitude adopte-t-on quand on agit ? Va-t-on au plus court pour obtenir un résultat sans se préoccuper de sa qualité ? Ou bien préfère-t-on gratter, chercher, étoffer, pour des améliorations continuelles ? »
Vous avez certainement mangé des pâtes cuisinées par des gens très différents : à un extrême, on a celles qui sont mangeables mais collées et peu goûteuses, à l’autre on trouve des pâtes bien choisies, cuites à la perfection, délicatement huilées et enduites de sauce, avec une touche de persil ou de cerfeuil pour donner de la couleur et une note brillante pendant la dégustation. Étrangement, le temps de préparation est quasiment le même, la grande différence est l’attitude du cuisinier.
À mon humble avis, un apport majeur de Moshé Feldenkrais a été de nous rappeler que nous — adultes — avons tendance à nous laisser aller au plus facile et abandonner progressivement la qualité au profit de l’économie, à préférer le connu au nouveau, à répéter ce qui a fonctionné sans envisager les alternatives.
Mais en même temps que l’on fait cette constatation, Feldenkrais affirme que nous avons le choix de redonner un peu de place à la direction opposée, celle qui conduit vers plus de richesse et de légèreté.
Lorsque nous abandonnons la curiosité que nous avions tous enfant, ce qui est à l’origine une grande force — simplifier et optimiser pour rendre aisé ce qui était laborieux au début — devient une voie vers la mollesse au mieux, et au pire une impasse lorsque l’organisme perd certaines facultés (par accident ou par usure à force de faire toujours pareil) et qu’il ne reste plus aucune façon de faire ce que l’on a envie de faire.
À l’inverse, il suffit d’un simple changement d’attitude pour redonner place à cet enrichissement permanent, à la mise en doute bienveillante et curieuse de nos habitudes, et à goûter aux joies de faire un peu mieux aujourd’hui que par le passé.

Est-ce difficile à faire ?
La question de s’abandonner ou non à la facilité est du même ordre que de répondre à son poids : ne serait-il pas plus facile de céder à la gravité ? Eh oui, se laisser glisser vers le sol ne réclame pas de travail, mais est-ce une vie bien vécue que d’être cloué au sol, à son lit, au point le plus bas ?
On sera aisément d’accord qu’une vie bien vécue comporte une recherche de façons d’aller aussi vers le haut, et c’est même ce qui nous permet de nous orienter : le haut (et le bas) oriente notre force, notre tête, nos déplacements. Alors, de même qu’une plante croît vers le haut et vers la lumière, je crois que Feldenkrais renforce cette saine habitude de chercher du nouveau et du mieux même si c’est moins immédiat que le connu et le moyen.
Dans son livre L’évidence en question, Moshé Feldenkrais demande au lecteur de trouver au moins trois façons de poser sa main sur un mur, avant d’affirmer : « Si vous n’arrivez pas à en trouver plus d’une ou deux, vous avez peut-être encore plus besoin de ma méthode que vous ne le pensez. »
J’ai toujours trouvé amusant ce clin d’œil et je ne peux qu’inviter encore une fois à chercher des espaces où l’on met en doute le connu et où l’on cherche les trésors de demain, dans l’inconnu. De la sorte, nous serons des plantes en croissance et nos bourgeons seront bien verts.
Pour en prendre le chemin, sortons un tapis pour s’y allonger et c’est parti pour une promenade en sensations 😊
Recevez gratuitement l’infolettre
(en moyenne 1 à 2 par mois)
Si vous souhaitez être le ou la première tenue au courant de la publication des nouveaux articles et des dernières nouveautés sur le site, c’est par ici (promis, pas de spam !).
Nota: si vous avez déjà reçu mes infolettres, vous êtes inscrit ou inscrite sur la bonne liste 😊
Photo de Sandor Fehervarisur Unsplash
