Alors qu’un métro parisien m’emmenait d’un point A à B, une passagère a attiré mon attention : elle lisait d’un air fébrile, avait l’air soucieuse et avide d’en savoir plus, était recroquevillée sur son siège de telle sorte qu’elle semblait mal respirer. Son teint montrait qu’elle n’allait pas bien. Et le titre de son livre était quelque chose du genre « Soyez Zen et croquez la vie à pleines dents ».
Si on imaginait son double diamétralement opposé, il serait souriant, il préfère rester debout parce que les strapontins sont trop bas, il regarde les autres passagers d’un air tranquille et bienveillant en respirant paisiblement sans avoir besoin d’y prêter attention, et il n’a pas besoin de livre pour être Zen, c’est implicite.
Être sur une orbite
Avez-vous remarqué comme — certains jours — on n’a pas besoin de réfléchir et on fait tout d’une manière paisible, agréable et légère ? Si l’inconfort grandit parce qu’on est resté trop longtemps dans une certaine position, on se replace et tout revient dans l’ordre, de nouveau ça va bien. Ces jours-là, on n’a pas besoin de dresser une liste de choses à faire pour « prendre soin de soi », notre attitude suffit pour que nos activités et la façon de les mener soient le reflet d’une sorte de bonheur. Et cette boucle s’entretient.
Inversement, parfois on creuse l’inconfort de mille et une façons : en restant sur un écran alors que le corps réclame le sommeil depuis déjà longtemps, ou bien en ne buvant pas assez, ou bien en mangeant mal mal, ou bien en mettant trop de force en tout. On peut aussi s’énerver sur une porte qui ne ferme pas bien. Et cette boucle s’entretient elle aussi.
Quand je cogite sur ces tendances, je pense à ce qu’on appelle (en mathématiques) un attracteur étrange, en particulier l’attracteur de Lorenz. En deux mots, c’est un objet mathématique où un mobile suit une trajectoire selon les lignes ci-dessous ; j’y pense parce qu’on tourne plutôt sur une des ailes, ou sur l’autre, et je temps à autres, la trajectoire nous fait passer d’une aile à l’autre.

A-t-on envie de se sentir bien ?
Je crois qu’il y a des moments où l’on tourne sur un orbite où l’on se sent plutôt mal et — sans le faire volontairement — tout s’arrange pour que ce mal-être continue. Inversement, parfois on se sent plutôt bien, et tout s’arrange aussi pour que ce bien-être continue.
D’où la question : si on se sent mal, comment se glisser de l’orbite désagréable à l’orbite agréable ? En d’autres termes : comment changer de disque ? 😊
Je prétends qu’on peut le faire avec Feldenkrais quand on découvre comment bouger autrement : non pas faire un mouvement peu importe son prix, mais goûter à un mouvement sans force et sans douleur, peu importe l’amplitude. Dès que l’on a trouvé ça, on a appris à changer de sillon, ou peut-être de disque. Et ensuite, on n’a rien à faire qu’à écouter la musique 😇
Photo de Daniil Zameshaev sur Unsplash
